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Entretien avec Alice Parriat, autrice de « Des yeux de Loup », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

J’avais envie d’écrire un « roman d’automne » : un récit simple et atmosphérique évoquant des sujets sérieux, comme le harcèlement scolaire et les agressions sexuelles, à travers le regard d’une lycéenne en construction identitaire. Plutôt que d’aborder ces thèmes d’une manière dramatique, je souhaitais faire de ce roman une histoire cathartique et optimiste. 

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

J’aimerais avant tout qu’ils passent un bon moment de lecture ! Ce roman est né d’une volonté d’écrire le livre que j’aurais moi-même aimé lire en étant ado. Même s’il s’adresse à tout le monde, j’espère qu’il pourra entrer en résonance avec les lectrices et les lecteurs susceptibles de s’y identifier.

Quels sont vos projets pour la suite ? 

J’ai de nombreux projets de romans dans des genres différents (fantasy, thriller, historique…) destinés aux ados et aux jeunes adultes. Je ne sais pas lesquels aboutiront en premier, mais j’aimerais continuer à explorer des ambiances qui me réconfortent et des thèmes qui m’intriguent. Je m’intéresse particulièrement aux dynamiques des personnages et à la magie comme métaphore de la création, de l’exploration et de la réalisation de soi. 

Entretien avec Marine Veith, autrice de « Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

J’écris depuis longtemps (j’étais journaliste) mais c’est la première fois que je mène à bien un projet de fiction. Je voulais avant tout écrire une histoire, c’est à dire un récit long avec de l’action et des péripéties puisées dans mon imagination.

Un jour, on m’a raconté une anecdote autour de deux hommes, un jeune et un plus âgé, qui ont passé 10 ans à transporter du cannabis en Méditerranée sur un voilier. Ces deux hommes ne se connaissaient pas avant leur premier voyage et j’ai trouvé cela très romanesque. Pour moi, cela pouvait raconter beaucoup de choses sur les liens d’amitié, la transmission, la débrouille que l’on peut mettre en place quand on n’a rien… Je me suis demandé ce qu’ils pouvaient se raconter pendant ces longs mois en mer, comment la confiance et la solidarité avaient pu s’installer entre eux, comment ils pouvaient vivre cette vie bancale et hors la loi, hors système, mais aussi pourquoi ils en étaient là, comment ils s’accommodaient des situations au niveau pratique mais aussi avec leur conscience. C’est comme ça que Bardu et Joujou sont nés.  J’ai donc totalement inventé les personnages mais le point de départ vient d’une anecdote réelle.

Ensuite, je voulais raconter leur dernier voyage en bateau pour évoquer cette idée de transmission (Bardu donne son bateau et son business à Joujou). Et comme ce dernier voyage se déroulait en Méditerranée, un autre sujet qui me tient à coeur est apparu évident : celui de la situation des réfugiés qui traversent la Méditerranée. Un troisième personnage principal s’est imposé : Exaucée. Je voulais que ce soit une femme qui se joue des codes, très déterminée, surpuissante, un peu magicienne. Je ne voulais surtout pas que l’on ait pitié d’elle mais plutôt qu’elle force l’admiration par son audace et sa volonté tout en évoquant quand même son histoire. J’avais rencontré des réfugiés congolais en Afrique du Sud et elle porte un peu toutes les histoires tragiques que j’ai pu entendre.

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ?

C’est mon premier roman et je retiens tout d’abord que c’est une grande et belle expérience de liberté. J’ai essayé d’être le plus sincère possible en écrivant et de ne pas me mettre de barrière concernant les sujets traités, le vocabulaire ou parfois, la vraisemblance. Je voulais un fond de réalisme mais de l’extravagance dans les personnages, dans les points de vue et dans les situations. Bref, de la liberté. J’ai aussi beaucoup ri en écrivant et je me suis dit que si je riais, peut-être que le lecteur rirait aussi. En tout cas, j’espère! J’ai toujours adoré les personnages « losers magnifiques » qui témoignent des faiblesses que l’on a tous et qui permettent de nous ramener à notre simple condition d’être humain sans artifice, sans carapace. Ils puisent dans une humanité que l’on partage tous. J’ai toujours eu de la tendresse pour les failles, pour ceux que l’on ne voit pas, ceux qui se cachent. Et j’ai puisé beaucoup d’anecdotes dans les articles de journaux : c’est peut-être un poncif mais la réalité dépasse souvent la fiction. Je pense par exemple à la tombola de dealers (au début du roman). J’avais lu cette histoire dans la presse :  à Grenoble, des dealers ont vraiment organisé une tombola en communiquant sur les réseaux sociaux pour fidéliser leurs clients. J’ai trouvé que cela disait beaucoup de notre époque (et en plus, je trouvais ça très drôle!).

À une autrice ou un auteur qui voudrait publier, je conseillerais d’être sincère et de se sentir libre d’écrire. Ce n’est pas facile car on se demande tout le temps si ce qu’on a écrit est bon, si cela va être compris, si cela va choquer… Mais chacun a son style et la littérature est le lieu de la liberté. On ne peut pas écrire n’importe quoi, bien sûr, mais pour moi, être sincère veut avant tout dire être libre vis à vis de soi-même. 

Et puis, je conseillerais bien sûr d’être persévérant. C’est aussi un poncif mais c’est vrai, le travail est long, parfois fastidieux. Enfin, il faut y croire : j’ai envoyé mon manuscrit à Sarbacane par mail!

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

Tout d’abord, j’aimerais qu’ils ressentent du plaisir à lire mon roman, qu’ils aient envie de tourner les pages, de savoir la suite, qu’ils s’attachent aux personnages et pourquoi pas qu’ils s’identifient. Pas forcément à chaque moment mais au moins dans quelques situations. Ensuite, j’aimerais qu’ils se sentent concernés par les sujets abordés, pas parce qu’on leur a fait la morale mais parce qu’ils ont aimé suivre l’histoire et qu’elle les a touchés. Une ado de 14 ans m’a dit qu’elle avait aimé la légèreté du livre et de l’écriture, qu’elle l’avait avalé d’une traite et qu’elle avait ressenti de la joie. Elle m’a même dit qu’elle voulait être comme Exaucée! Même si les sujets de fond sont graves, elle a apprécié que les personnages aient des liens forts, qu’ils soient solidaires et qu’ils s’entraident. C’est ça qui l’a touchée et a éclipsé le reste. Les ados vivent souvent dans une atmosphère anxiogène à cause du réchauffement climatique, des épidémies, du chômage… Mais ils sont souvent très solidaires. D’une certaine manière, je pense qu’ils ont besoin d’être rassurés sur le fait que tout n’est pas fichu!

Quels sont vos projets pour la suite ?

Je suis en train d’écrire mon second roman. J’ai eu un peu de mal à me défaire des personnages de « Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied », je n’avais pas envie de les quitter. Maintenant, j’ai réussi à les lâcher et l’écriture est lancée. Donc dans le prochain, il y aura encore quelques losers, des allumés, des liens forts qui se tissent dans des conditions pas toujours très nettes et peut-être quelques personnes « normales »…

Entretien avec Julie Boudillon, autrice de « Assaut », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ? 

Le thème du livre me trottait dans la tête depuis pas mal de temps. L’idée d’un conflit entre deux groupes qui d’ordinaire sont inextricablement liés : les adultes et les enfants. L’idée aussi que les plus vulnérables puissent devenir dangereux. C’est un thème que l’on retrouve dans la littérature, le cinéma, qui innerve l’imaginaire : le renversement radical. Il y a quelques années, j’ai écrit une nouvelle, très rapidement, autour de ce thème. J’ai choisi de la raconter du côté des adultes car j’avais envie que le phénomène décrit soit soudain, incompréhensible, fascinant. Je l’ai fait lire à Julien Magnani qui m’a proposé d’en faire un récit plus long. 

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’ aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

C’est mon premier roman jeunesse, bien que je ne l’aie pas écrit comme un roman adressé à un public particulier. Par contre je suis très heureuse qu’il puisse trouver ce public précisément, qu’il puisse résonner chez de jeunes lecteurs et lectrices. 

Ecrire un roman est une expérience fantastique qu’on mène sur un temps long, qui nous accompagne plusieurs mois, même plusieurs années (dans mon cas). Ce temps long est un luxe. Je ne suis ni musicienne ni sportive, mais j’ai l’impression que cela s’apparente à une pratique sportive, artisanale, ou musicale (travailler son texte comme on travaille son piano, son violon, son saut en hauteur …) 

Si je pouvais transmettre quelque chose à une autrice ou un auteur qui voudrait publier, c’est de faire vivre son texte, ne pas le sacraliser, ce qui signifie le transformer, le raboter, le rallonger, le faire lire par ses proches, etc…  et par-dessus tout accepter le doute. Garder en tête cette célèbre citation de Samuel Beckett, sûrement utilisée à tort et à travers, mais qui reste belle : « Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »

Et en cas de doute, je dirais que la seule boussole reste le plaisir. Oui, le découragement survient parfois … mais il ne faut jamais perdre de vue le plaisir instantané, immédiat, d’écrire une histoire, qui peut s’apparenter au plaisir d’en lire une, une qui nous plaît. 

C’est pour ça qu’il n’y a pas de règles universelles pour écrire de manière efficace : écrire tant de lignes ou pages par jour, être un.e grand.e lecteur ou lectrice, avoir toujours écrit … Cela dépend de chacun et de chacune. Pour résumer il ne faut pas se sentir écrasé par l’écriture, il faut être décomplexé et penser à son plaisir. 

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

J’espère qu’il ne leur apportera pas des idées ! Plus sérieusement, si le livre leur apporte un moment de pause et d’évasion cela est déjà très précieux ; un moment de plaisir. J’ai écrit cette histoire comme un récit d’aventures selon le schéma consacré, avec une situation de départ, un événement, des péripéties, et une situation différente à la fin… Je suis attachée à ce schéma, c’est un cadre très riche pour écrire des histoires. Au delà, il y a une radicalité qu’on peut interroger : pourquoi ce conflit ? Qu’est ce qui n’a pas marché pour qu’on en arrive là ? Les adultes sont impuissants face à ce qu’ils constatent, mais cette impuissance, n’est-elle pas plus ancienne ? Seuls les enfants et les adolescents ont la force d’agir, finalement. 

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Je continue à écrire, en parallèle de la vie quotidienne déjà très occupée par mon travail, ma vie de famille… J’ai de plus en plus envie d’écrire des récits d’aventures justement, où la réalité bascule, ou peut-être plus simplement glisse légèrement, sans qu’on sache trop vers où. 

Je souhaite que l’écriture ait la même place dans ma vie que la lecture : un moment, un espace où on s’arrête, où la fiction nous emporte, mais cette fiction est aussi une fenêtre sur le monde. Tant mieux si cela peut se transformer en livre, en objet, en histoire, que des lecteurs et lectrices s’approprient. 

Entretien avec Benjamin Lesage, auteur de « Les étoiles qui meurent dans le ciel », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

Il est né en Ariège, à quelques kilomètres de Mirepoix. Je venais de m’installer dans une caravane pour débuter une période de woofing. Tous les soirs, je pouvais observer les étoiles aussi longtemps que je le voulais. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à «prendre le temps» de vivre. Jacques, l’un des héros du roman est né de cette prise de conscience.

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’ aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

Une expérience qui m’ouvre les portes d’un tout nouveau monde. Je n’avais pas en tête d’écrire un roman jeunesse au départ, c’est juste venu comme ça. Je me suis inspiré du Petit Prince et de Paulo Coehlo. Je voulais une histoire accessible, imagée. J’ai d’ailleurs suivi le conseil de l’auteur dans une préface de l’Alchimiste. Il expliquait que l’histoire avait commencé avec juste un nom : Santiago. J’ai commencé pareil en écrivant «Il s’appelait Jacques».

Ce que j’ai compris, c’est qu’un roman est avant tout une histoire de personnages. Quand ils sont bien définis, qu’ils «existent», alors l’histoire s’écrit presque toute seule.

Il faut être patient aussi. J’ai écrit le premier jet de ce livre en 2014, je l’ai fait lire à des proches, je l’ai réécrit, une fois, deux fois, trois fois… et il est sorti en 2020 !

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

Un peu de perspective sur ce que nous vivons actuellement, les considérations écologiques, la technologie, les quêtes parfois insensées que les humains aiment tant poursuivre !

Mais aussi l’importance de ne pas lâcher ses rêves, d’aller jusqu’au bout… même si le résultat sera sans doute très différent de ce qu’on a en tête.

J’ai aussi envie de partager des parcours de vie, des idéaux et des motivations qui ne sont pas forcément très présents dans la littérature jeunesse.

Enfin, ce roman est une invitation à prendre le temps…

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Continuer d’écrire. J’ai terminé un nouveau roman jeunesse qui sera publié en 2021 aux Éditions Courtes et Longues. Cette fois-ci, je raconte l’histoire d’un jeune colombien, Corentino, qui a traversé l’océan en paquebot pour rejoindre l’Europe. Ce livre est inspiré d’une rencontre que j’ai faite lors de mes voyages en Colombie.

Entretien avec Sandrine Caillis, autrice de « Les ombres que nous sommes », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

Je n’avais pas planifié l’écriture de ce roman, ni de devenir un jour auteure. Je crois que je m’interdisais d’aller à l’écriture pour des raisons de légitimité. Et puis quelqu’un qui a peut-être senti cet interdit que je m’imposais m’a lancé une sorte de défi. « Le sujet c’est un garçon qui découvre qu’il prend du plaisir à se travestir en fille… Au travail ! ». Et je l’ai relevé.

Je l’ai fait sans rien prévoir, sans même savoir si je parviendrais au bout. Juste pour l’aventure. Quand j’y étais, j’ai trouvé une grande jouissance dans l’écriture, quelque chose de parfois ardu, parfois fulgurant, mais toujours très addictif. Un élan. J’ai écrit la première version en très peu de temps, au fil du clavier. Ensuite, j’ai eu la chance d’être présentée à Charline Vanderpoorte, éditrice chez Thierry Magnier. Elle m’a aidé à donner des allures de roman à ce premier jet, à corriger les maladresses et les lourdeurs. A enrichir le récit et surtout à creuser l’empreinte de chaque personnage.

Je trouve fascinant ce moment de l’adolescence où on est dans un entre-deux, entre construction et destruction, entre famille nucléaire et éclatement du cercle social, entre amour et amitié, entre fille et garçon…. J’ai essayé de rendre cet état de sac et de ressac permanent qui fiche le mal de mer…

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

C’est mon premier roman tout court ! Je ne suis pas certaine d’avoir déjà des choses à transmettre, je me sens même absolument novice. En ce moment, j’essaie d’écrire quelque chose qui pourrait devenir un deuxième roman, et j’ai l’impression de patauger allègrement ! Peut-être d’ailleurs que la perte de repères fait partie du processus d’écriture. Qu’il faut se trouver dans une sorte d’inconfort. Chacun.e doit trouver un fil qui lui est propre pour le guider.

Pour ce qui me concerne, j’ai besoin de lutter contre certaines tentations. Par exemple, je pourrais facilement me laisser emporter par la « technique » ou bien l’ivresse de la trouvaille langagière et les laisser prendre le dessus, perdre le fil de mon récit, oublier le lecteur, tourner en rond dans mon bocal.

La deuxième chose qui m’importe est de ne pas susciter de connivence facile ou superficielle avec le jeune lecteur. J’essaie de rester exigeante. Quand je lis, y compris de la littérature jeunesse, j’aime qu’on m’embarque dans des zones imprévues, qui ne faisaient pas forcément partie de l’horizon d’attente de départ, j’aime être un peu rudoyée. J’ai essayé de garder cette idée en tête.

Qu’estce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

Dans ce roman, c’est vrai qu’il est question de genre et d’orientation sexuelle, mais ce n’est pas le sujet unique de cette histoire. Et je ne l’ai pas abordé pour avoir l’occasion de me positionner. C’est une question intégrée parmi d’autres qu’on peut se poser dans cet entre-deux de l’adolescence, ou à d’autres moments de la vie. Je ne crois pas avoir construit un discours très intentionnel, il n’y a pas de « message » dans ce roman. J’ai eu envie de raconter l’histoire d’un adolescent qui cherche le bout de territoire sur lequel il a envie de construire sa cabane. Ça parle peut-être de liberté…

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Vivre. Pour avoir des choses à raconter.

Entretien avec Lisa Balavoine, autrice de « Un Garçon c’est presque rien », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

Ce livre est né d’une rencontre avec Murielle Coueslan, au salon de Montreuil. Elle avait lu mon premier roman Eparse (Lattès, 2018) et suivait mon compte Instagram, où j’écris quotidiennement des petits textes, parfois des poèmes. Elle m’a demandé si j’aimerais écrire un roman en vers libres. Je ne m’étais jusqu’à présent pas posé la question d’écrire pour des adolescents, peut-être parce qu’en étant professeure documentaliste et fréquentant donc beaucoup cette littérature, je pensais cela trop difficile : trouver le ton juste, ne pas trahir l’adolescent et ne pas singer qui il est. Mais j’y ai réfléchi quelques mois. Et, travaillant dans un établissement de garçons, il m’a semblé évident que c’était de cela dont je voulais parler, un garçon. Ils me touchent et me surprennent chaque jour. Je tenais mon sujet et tout s’est ensuite déroulé.

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’ aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

Je retiens d’abord que l’aventure de ce texte a été un plaisir de bout en bout ! L’écriture poétique, l’envie de vivre ces quelques mois avec mes personnages que j’ai eu du mal à quitter, puis le travail avec Hélène Daveau, éditrice de ce roman, de qui j’ai été parfaitement comprise et entendue. J’ai une tendance contemplative, elle m’a aidée à ancrer davantage le récit dans le réel. J’ai aimé l’enthousiasme de l’équipe de Rageot, la qualité d’écoute, le souci de réaliser ensemble un beau livre, jusque dans ses détails typographiques. J’ai été associée à chaque étape, c’était vraiment formidable.

Je crois que lorsqu’on veut publier, il faut trouver la/les bonnes personne(s), savoir défendre son projet, avoir une idée claire de ce que l’on veut raconter. Je crois qu’on ne triche pas en littérature, encore moins avec les adolescents. Mais j’ai aussi conscience qu’on est venu me chercher pour ce livre, je mesure cette chance.

Qu’estce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

J’aimerais surtout que les ados s’en emparent, qu’ils se sentent proches de Roméo ou au contraire très différents de lui, mais qu’ils s’interrogent sur ce que sont réellement aujourd’hui la masculinité, les injonctions du patriarcat et qu’ils se demandent où ils en sont, eux, par rapport à tout ça. J’ai écrit ce livre pour tous ceux qui cherchent qui ils sont, leur place dans une société qui n’avance pas aussi vite que la musique, même si elle avance malgré tout. J’aimerais aussi qu’ils comprennent que la parole dénoue bien des choses, qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui peut les écouter et les aider, que rien n’est figé, que les lignes peuvent toujours bouger. J’aimerais qu’ils sachent qu’il est plus important de prendre le temps de se trouver soi-même (et ça prend du temps …) plutôt que de ressembler à ce que l’on attend d’eux. Et puis j’aimerais qu’ils prennent du plaisir à le lire !

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Je termine actuellement l’écriture d’un roman pour les « grands », il s’agit d’un roman sur la relation mère-fille. J’espère qu’il verra le jour.

Par ailleurs, je travaille également avec une illustratrice sur un projet d’album, que j’ai initié, avec des dessins et des poèmes, autour du corps et de la peau.

J’aimerais énormément retravailler avec l’équipe de Rageot, écrire à nouveau pour les adolescents, j’ai tellement aimé cette aventure. Je garde ça dans un coin de ma tête pour le moment, je veux trouver quelque chose de juste et de beau à raconter, quelque chose qui me semblera nécessaire pour le lecteur et pour moi.

Entretien avec Emmanuelle Rey, autrice de « Droit devant », sélection Prix Cendres 2020

Emmanuelle Rey vit à Marseille et a publié plusieurs récits dans la presse jeunesse. « Droit devant » publié aux éditions Samir, est son premier roman. 

Parlez-nous de la Genèse du Livre. Comment est-il né ?

J’ai commencé à écrire pour les enfants en 2017, et assez vite j’ai eu envie de me lancer dans l’écriture d’un roman pour les ados. Je suis fascinée depuis toujours par les zones de « transit », aéroports, quai de gare, aires d’autoroute… Des endroits où les gens se croisent, chacun en mouvement vers quelque part, quelque chose. Quand j’étais enfant, sur la route des vacances, je m’amusais souvent à inventer l’histoire des familles que je croisais, d’où ils venaient, où ils allaient… Avec Droit devant, j’ai pris ces trois enfants, et je les ai placés sur la route qu’on faisait en voiture pour aller voir mes grands-parents. J’ai écrit le roman dans l’ordre, en laissant le fil de l’histoire se dérouler tout seul, sans savoir vraiment où il allait m’emmener. La fin n’était pas décidée par avance, par exemple. C’était un peu comme vivre ce voyage avec mes personnages. Je me souviens avoir écrit très vite, tous les jours, parce que je voulais connaître la suite et savoir s’ils s’en sortiraient.

Que retenez-vous de cette expérience ?

J’ai adoré écrire ce roman, et l’expérience de travail avec les éditrices de Samir. Elles m’ont permis de l’étoffer, de développer ou d’ajouter certains personnages par exemple qui n’existaient pas dans ma première version et surtout elles m’ont rassurée. Cette expérience m’a donné plus confiance en moi, car je me suis longtemps interdit d’écrire en pensant que ça n’intéresserait personne 🙂 Cela m’a donné envie d’écrire beaucoup d’autres livres ! Je débute encore et je ne sais pas ce que je pourrais transmettre à d’autres auteurs, mais je crois qu’à partir du moment où on a la passion de l’écriture, il ne faut pas avoir peur de se lancer comme ça a été mon cas.

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados ?

 Dans le roman, il y a une mère qui ne parvient pas à s’occuper de ses enfants mais qui malgré tout les aime, est capable de leur inventer des mondes extraordinaires… et des enfants qui, même s’ils ont pris la décision de s’en libérer pour avancer, continuent à l’aimer. Ce que dit le roman c’est que dans la vie tout n’est pas noir ou blanc, et que malgré les moments difficiles, même si l’on est encore très jeune, on peut essayer de changer le cours des choses et décider soi-même de ce que sera le reste de sa vie. C’est un message d’espoir que j’espère réussir à faire passer.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Continuer à écrire ! J’ai un emploi du temps chargé, car je suis professeure des écoles et maman de trois jeunes enfants, ce qui fait que je cours en permanence après le temps. Alors je n’écris pas autant que je le voudrais, mais je m’accroche ! Mon second roman ado sortira en janvier 2021. J’ai aussi deux projets d’albums qui devraient voir le jour cette année et un roman premières lectures à paraître. Ce que j’aimerais réussir cette année, c’est écrire un roman pour les 8-10 ans, et peut-être un nouveau roman ado !

Entretien avec Fabien Arca, auteur de « K/C », sélection Prix Cendres 2020

Né en 1974 à Toulon, Fabien Arca fait des études d’arts du spectacle puis travaille comme comédien. Il se tourne très rapidement vers l’écriture et la mise en scène avec sa propre compagnie de théâtre. Par ailleurs, il écrit des pièces pour la jeunesse et des fictions radiophoniques pour France Inter. K/C, publié aux éditions du Rouergue, est son premier roman.

Parlez-nous de la Genèse du Livre. Comment est-il né ?

La culture rock imprègne mon imaginaire depuis longtemps. Né au milieu des années 70, j’ai découvert ce courant musical à l’adolescence. C’est aussi à cette période que j’ai appris à jouer de la guitare et qu’avec des amis j’ai monté mon premier groupe. Dès lors la musique a pris une place importante dans ma vie. Passionné par les légendes et les mythes du rock’n’roll, j’ai toujours beaucoup lu à ce sujet (romans, essais, témoignages et biographies). Toutefois, pour être précis, je dirais que c’est une biographie : Kurt Cobain, Plus lourd que le ciel associée à cette chanson de Nirvana : Something in the way , qui sont à l’origine du premier geste d’écriture en lien avec K/C. Etrangement, en me confrontant à cette figure iconique de la scène rock, je convoquais toute l’énergie de mon adolescence. En l’espace de quelques jours, j’ai noirci une trentaine de pages dans lesquelles un ado se livrait et la musique semblait être au cœur de ses préoccupations. Mon personnage venait de naître. À ce stade il s’appelait Mohair.

J’ai laissé reposer cette matière textuelle pendant plus d’un an avant de m’y replonger. Pour cela, j’ai sollicité une résidence d’écriture à la Chartreuse de Villeneuve-Lès- Avignon (Centre nationale des écritures du spectacle). Pour enrichir ma réflexion et envisager des nouvelles pistes d’écriture, j’avais pris dans mes bagages le journal intime de Kurt Cobain. L’idée n’était pas d’écrire un biopic, mais plutôt de me confronter à cette matière brute pour provoquer mon imaginaire. Après 3 semaines d’un travail intense, j’ai finalisé un premier montage, une version « scénique » de K/C. Ce texte présentait la particularité d’être un récit hybride, alternant entre monologues, manifeste punk-rock, poèmes, lettres… Il a rapidement suscité l’intérêt d’un metteur en scène qui a souhaité le monter. Peu de temps après, les répétitions ont commencé et durant le festival d’Avignon une lecture a été organisée. Le comédien choisi pour incarner K/C a donné une très belle dimension au texte et la lecture a été bien reçue (lancement de la production et même une proposition d’édition dans une collection théâtre…). Bref, mon travail aurait pu s’arrêter là. Ceci étant, j’éprouvais le besoin d’aller plus loin, de déployer l’œuvre pour arriver à une version « roman » (ce qui était mon désir premier). Avec le metteur en scène nous avons convenu qu’il poursuivrait le travail sur la version « scénique » et de mon côté, je me suis remis à écrire. Enrichi par tous ces échanges, j’ai approfondi le fil narratif du texte, développé de nouveaux chapitres tout en cherchant à nuancer mon personnage. Et quelques mois plus tard, j’ai finalisé une ultime version.

Que retenez-vous de cette expérience ?

K/C est un récit initiatique dans lequel un adolescent va affirmer ses choix, ses désirs. Avec la distance, j’ai aujourd’hui le sentiment que cette trajectoire a été manifeste dans mon processus de travail. Entre la « version scénique » et la « version roman » il s’est opéré une mue. C’est le résultat d’un long travail de maturation.

Avec K/C, je me suis confronté à moi-même, à mes limites, à mon rapport à l’écriture. En même temps, K/C m’a permis d’assumer pleinement qui j’étais. J’ai tâché de répondre à des questions que je ne m’étais jamais posées (puisque jusqu’alors je n’écrivais que du théâtre). Enfin, n’ayant pas de modèle préétabli en tête, j’ai essayé de donner une forme singulière à ce récit.

Cette aventure m’a réservé bien des surprises ! Certaines furent joyeuses (K/C m’a ouvert de nouveaux horizons), et puis d’autres plus désolantes (le livre est sorti en plein confinement, toutes les librairies étant fermées…)

Qu’aimeriez-vous transmettre à un jeune auteur/autrice qui voudrait être publié.

Concernant l’édition, je lui conseillerai évidemment de bien cibler la maison d’édition; connaître le catalogue de la maison d’édition c’est aussi une manière de comprendre ses choix éditoriaux. Et puis autant adresser son manuscrit à un éditeur avec lequel on a des affinités littéraires.

Concernant le travail d’écriture, je lui recommanderai de suivre son instinct… mais comme c’est un conseil très vague je lui transmettrai ce texte de Peter Handke qui m’accompagne depuis longtemps et dans lequel je me ressource : 

« Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Évite les arrières pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille et donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis ».

Et enfin, je lui conseillerai de donner à entendre régulièrement des fragments de son texte (même en cours d’écriture). Lire à haute voix (ou bien faire lire à haute voix) m’a toujours été très utile. La qualité d’écoute de l’audience, les réactions provoquées et les questions que le texte génère sont autant d’indicateurs qui permettent de mieux évaluer son travail. Par exemple, j’ai le souvenir d’avoir lu un des nouveaux chapitres (Ma terre promise) devant une classe d’adolescents pas vraiment en phase avec la musique « punk- rock ». Et pourtant, au fur et à mesure que j’avançais dans cette lecture, ils étaient dans une écoute active, ce qui m’a rassuré car peu importe le contexte et la mouvance musicale, je prenais conscience que le personnage de K/C pouvait fédérer l’adolescence passionnée de manière intemporelle.

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados ?

En premier lieu des émotions et des impressions. Évidemment, qu’ils prennent plaisir à le lire. Qu’ils s’attachent au personnage, qu’ils s’identifient à lui, à ce qu’il éprouve. Et enfin, dans l’absolu, j’aimerais que la pulsion créative de K/C soit communicative. Je crois que le roman parle surtout de cela ; on assiste à la naissance d’un artiste et à l’évolution de sa sensibilité.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Actuellement, je travaille sur un nouveau roman, pour les plus jeunes. Le titre (provisoire) est : « ERNEST EST À L’OUEST ». C’est l’histoire d’un enfant, Ernest, totalement déboussolé par Anne L’Or, une fille de sa classe. Traité avec humour et insolence, le texte parle d’amour et de déconvenue amoureuse.

Et pour les ados j’aimerai écrire le récit d’un jeune en voyage linguistique dans une famille aux USA, avec en toile de fond la musique blues, la figure de Martin Luther King et les marches non-violentes. Je ne sais pas comment tout cela peut s’agencer mais ce sont des sujets qui m’animent.