Entretien avec Lisa Balavoine, autrice de « Un Garçon c’est presque rien », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ?

Ce livre est né d’une rencontre avec Murielle Coueslan, au salon de Montreuil. Elle avait lu mon premier roman Eparse (Lattès, 2018) et suivait mon compte Instagram, où j’écris quotidiennement des petits textes, parfois des poèmes. Elle m’a demandé si j’aimerais écrire un roman en vers libres. Je ne m’étais jusqu’à présent pas posé la question d’écrire pour des adolescents, peut-être parce qu’en étant professeure documentaliste et fréquentant donc beaucoup cette littérature, je pensais cela trop difficile : trouver le ton juste, ne pas trahir l’adolescent et ne pas singer qui il est. Mais j’y ai réfléchi quelques mois. Et, travaillant dans un établissement de garçons, il m’a semblé évident que c’était de cela dont je voulais parler, un garçon. Ils me touchent et me surprennent chaque jour. Je tenais mon sujet et tout s’est ensuite déroulé.

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’ aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

Je retiens d’abord que l’aventure de ce texte a été un plaisir de bout en bout ! L’écriture poétique, l’envie de vivre ces quelques mois avec mes personnages que j’ai eu du mal à quitter, puis le travail avec Hélène Daveau, éditrice de ce roman, de qui j’ai été parfaitement comprise et entendue. J’ai une tendance contemplative, elle m’a aidée à ancrer davantage le récit dans le réel. J’ai aimé l’enthousiasme de l’équipe de Rageot, la qualité d’écoute, le souci de réaliser ensemble un beau livre, jusque dans ses détails typographiques. J’ai été associée à chaque étape, c’était vraiment formidable.

Je crois que lorsqu’on veut publier, il faut trouver la/les bonnes personne(s), savoir défendre son projet, avoir une idée claire de ce que l’on veut raconter. Je crois qu’on ne triche pas en littérature, encore moins avec les adolescents. Mais j’ai aussi conscience qu’on est venu me chercher pour ce livre, je mesure cette chance.

Qu’estce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

J’aimerais surtout que les ados s’en emparent, qu’ils se sentent proches de Roméo ou au contraire très différents de lui, mais qu’ils s’interrogent sur ce que sont réellement aujourd’hui la masculinité, les injonctions du patriarcat et qu’ils se demandent où ils en sont, eux, par rapport à tout ça. J’ai écrit ce livre pour tous ceux qui cherchent qui ils sont, leur place dans une société qui n’avance pas aussi vite que la musique, même si elle avance malgré tout. J’aimerais aussi qu’ils comprennent que la parole dénoue bien des choses, qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui peut les écouter et les aider, que rien n’est figé, que les lignes peuvent toujours bouger. J’aimerais qu’ils sachent qu’il est plus important de prendre le temps de se trouver soi-même (et ça prend du temps …) plutôt que de ressembler à ce que l’on attend d’eux. Et puis j’aimerais qu’ils prennent du plaisir à le lire !

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Je termine actuellement l’écriture d’un roman pour les « grands », il s’agit d’un roman sur la relation mère-fille. J’espère qu’il verra le jour.

Par ailleurs, je travaille également avec une illustratrice sur un projet d’album, que j’ai initié, avec des dessins et des poèmes, autour du corps et de la peau.

J’aimerais énormément retravailler avec l’équipe de Rageot, écrire à nouveau pour les adolescents, j’ai tellement aimé cette aventure. Je garde ça dans un coin de ma tête pour le moment, je veux trouver quelque chose de juste et de beau à raconter, quelque chose qui me semblera nécessaire pour le lecteur et pour moi.