Entretien avec Julie Boudillon, autrice de « Assaut », sélection Prix Cendres 2020

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce livre : comment est-il né ? 

Le thème du livre me trottait dans la tête depuis pas mal de temps. L’idée d’un conflit entre deux groupes qui d’ordinaire sont inextricablement liés : les adultes et les enfants. L’idée aussi que les plus vulnérables puissent devenir dangereux. C’est un thème que l’on retrouve dans la littérature, le cinéma, qui innerve l’imaginaire : le renversement radical. Il y a quelques années, j’ai écrit une nouvelle, très rapidement, autour de ce thème. J’ai choisi de la raconter du côté des adultes car j’avais envie que le phénomène décrit soit soudain, incompréhensible, fascinant. Je l’ai fait lire à Julien Magnani qui m’a proposé d’en faire un récit plus long. 

C’est votre premier roman jeunesse, que retenez-vous de cette expérience ? Qu’ aimeriez à votre tour transmettre à une autrice, à un auteur qui voudrait publier ? 

C’est mon premier roman jeunesse, bien que je ne l’aie pas écrit comme un roman adressé à un public particulier. Par contre je suis très heureuse qu’il puisse trouver ce public précisément, qu’il puisse résonner chez de jeunes lecteurs et lectrices. 

Ecrire un roman est une expérience fantastique qu’on mène sur un temps long, qui nous accompagne plusieurs mois, même plusieurs années (dans mon cas). Ce temps long est un luxe. Je ne suis ni musicienne ni sportive, mais j’ai l’impression que cela s’apparente à une pratique sportive, artisanale, ou musicale (travailler son texte comme on travaille son piano, son violon, son saut en hauteur …) 

Si je pouvais transmettre quelque chose à une autrice ou un auteur qui voudrait publier, c’est de faire vivre son texte, ne pas le sacraliser, ce qui signifie le transformer, le raboter, le rallonger, le faire lire par ses proches, etc…  et par-dessus tout accepter le doute. Garder en tête cette célèbre citation de Samuel Beckett, sûrement utilisée à tort et à travers, mais qui reste belle : « Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »

Et en cas de doute, je dirais que la seule boussole reste le plaisir. Oui, le découragement survient parfois … mais il ne faut jamais perdre de vue le plaisir instantané, immédiat, d’écrire une histoire, qui peut s’apparenter au plaisir d’en lire une, une qui nous plaît. 

C’est pour ça qu’il n’y a pas de règles universelles pour écrire de manière efficace : écrire tant de lignes ou pages par jour, être un.e grand.e lecteur ou lectrice, avoir toujours écrit … Cela dépend de chacun et de chacune. Pour résumer il ne faut pas se sentir écrasé par l’écriture, il faut être décomplexé et penser à son plaisir. 

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados qui le liront ?

J’espère qu’il ne leur apportera pas des idées ! Plus sérieusement, si le livre leur apporte un moment de pause et d’évasion cela est déjà très précieux ; un moment de plaisir. J’ai écrit cette histoire comme un récit d’aventures selon le schéma consacré, avec une situation de départ, un événement, des péripéties, et une situation différente à la fin… Je suis attachée à ce schéma, c’est un cadre très riche pour écrire des histoires. Au delà, il y a une radicalité qu’on peut interroger : pourquoi ce conflit ? Qu’est ce qui n’a pas marché pour qu’on en arrive là ? Les adultes sont impuissants face à ce qu’ils constatent, mais cette impuissance, n’est-elle pas plus ancienne ? Seuls les enfants et les adolescents ont la force d’agir, finalement. 

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Je continue à écrire, en parallèle de la vie quotidienne déjà très occupée par mon travail, ma vie de famille… J’ai de plus en plus envie d’écrire des récits d’aventures justement, où la réalité bascule, ou peut-être plus simplement glisse légèrement, sans qu’on sache trop vers où. 

Je souhaite que l’écriture ait la même place dans ma vie que la lecture : un moment, un espace où on s’arrête, où la fiction nous emporte, mais cette fiction est aussi une fenêtre sur le monde. Tant mieux si cela peut se transformer en livre, en objet, en histoire, que des lecteurs et lectrices s’approprient.