Entretien avec Fabien Arca, auteur de « K/C », sélection Prix Cendres 2020

Né en 1974 à Toulon, Fabien Arca fait des études d’arts du spectacle puis travaille comme comédien. Il se tourne très rapidement vers l’écriture et la mise en scène avec sa propre compagnie de théâtre. Par ailleurs, il écrit des pièces pour la jeunesse et des fictions radiophoniques pour France Inter. K/C, publié aux éditions du Rouergue, est son premier roman.

Parlez-nous de la Genèse du Livre. Comment est-il né ?

La culture rock imprègne mon imaginaire depuis longtemps. Né au milieu des années 70, j’ai découvert ce courant musical à l’adolescence. C’est aussi à cette période que j’ai appris à jouer de la guitare et qu’avec des amis j’ai monté mon premier groupe. Dès lors la musique a pris une place importante dans ma vie. Passionné par les légendes et les mythes du rock’n’roll, j’ai toujours beaucoup lu à ce sujet (romans, essais, témoignages et biographies). Toutefois, pour être précis, je dirais que c’est une biographie : Kurt Cobain, Plus lourd que le ciel associée à cette chanson de Nirvana : Something in the way , qui sont à l’origine du premier geste d’écriture en lien avec K/C. Etrangement, en me confrontant à cette figure iconique de la scène rock, je convoquais toute l’énergie de mon adolescence. En l’espace de quelques jours, j’ai noirci une trentaine de pages dans lesquelles un ado se livrait et la musique semblait être au cœur de ses préoccupations. Mon personnage venait de naître. À ce stade il s’appelait Mohair.

J’ai laissé reposer cette matière textuelle pendant plus d’un an avant de m’y replonger. Pour cela, j’ai sollicité une résidence d’écriture à la Chartreuse de Villeneuve-Lès- Avignon (Centre nationale des écritures du spectacle). Pour enrichir ma réflexion et envisager des nouvelles pistes d’écriture, j’avais pris dans mes bagages le journal intime de Kurt Cobain. L’idée n’était pas d’écrire un biopic, mais plutôt de me confronter à cette matière brute pour provoquer mon imaginaire. Après 3 semaines d’un travail intense, j’ai finalisé un premier montage, une version « scénique » de K/C. Ce texte présentait la particularité d’être un récit hybride, alternant entre monologues, manifeste punk-rock, poèmes, lettres… Il a rapidement suscité l’intérêt d’un metteur en scène qui a souhaité le monter. Peu de temps après, les répétitions ont commencé et durant le festival d’Avignon une lecture a été organisée. Le comédien choisi pour incarner K/C a donné une très belle dimension au texte et la lecture a été bien reçue (lancement de la production et même une proposition d’édition dans une collection théâtre…). Bref, mon travail aurait pu s’arrêter là. Ceci étant, j’éprouvais le besoin d’aller plus loin, de déployer l’œuvre pour arriver à une version « roman » (ce qui était mon désir premier). Avec le metteur en scène nous avons convenu qu’il poursuivrait le travail sur la version « scénique » et de mon côté, je me suis remis à écrire. Enrichi par tous ces échanges, j’ai approfondi le fil narratif du texte, développé de nouveaux chapitres tout en cherchant à nuancer mon personnage. Et quelques mois plus tard, j’ai finalisé une ultime version.

Que retenez-vous de cette expérience ?

K/C est un récit initiatique dans lequel un adolescent va affirmer ses choix, ses désirs. Avec la distance, j’ai aujourd’hui le sentiment que cette trajectoire a été manifeste dans mon processus de travail. Entre la « version scénique » et la « version roman » il s’est opéré une mue. C’est le résultat d’un long travail de maturation.

Avec K/C, je me suis confronté à moi-même, à mes limites, à mon rapport à l’écriture. En même temps, K/C m’a permis d’assumer pleinement qui j’étais. J’ai tâché de répondre à des questions que je ne m’étais jamais posées (puisque jusqu’alors je n’écrivais que du théâtre). Enfin, n’ayant pas de modèle préétabli en tête, j’ai essayé de donner une forme singulière à ce récit.

Cette aventure m’a réservé bien des surprises ! Certaines furent joyeuses (K/C m’a ouvert de nouveaux horizons), et puis d’autres plus désolantes (le livre est sorti en plein confinement, toutes les librairies étant fermées…)

Qu’aimeriez-vous transmettre à un jeune auteur/autrice qui voudrait être publié.

Concernant l’édition, je lui conseillerai évidemment de bien cibler la maison d’édition; connaître le catalogue de la maison d’édition c’est aussi une manière de comprendre ses choix éditoriaux. Et puis autant adresser son manuscrit à un éditeur avec lequel on a des affinités littéraires.

Concernant le travail d’écriture, je lui recommanderai de suivre son instinct… mais comme c’est un conseil très vague je lui transmettrai ce texte de Peter Handke qui m’accompagne depuis longtemps et dans lequel je me ressource : 

« Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Évite les arrières pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille et donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis ».

Et enfin, je lui conseillerai de donner à entendre régulièrement des fragments de son texte (même en cours d’écriture). Lire à haute voix (ou bien faire lire à haute voix) m’a toujours été très utile. La qualité d’écoute de l’audience, les réactions provoquées et les questions que le texte génère sont autant d’indicateurs qui permettent de mieux évaluer son travail. Par exemple, j’ai le souvenir d’avoir lu un des nouveaux chapitres (Ma terre promise) devant une classe d’adolescents pas vraiment en phase avec la musique « punk- rock ». Et pourtant, au fur et à mesure que j’avançais dans cette lecture, ils étaient dans une écoute active, ce qui m’a rassuré car peu importe le contexte et la mouvance musicale, je prenais conscience que le personnage de K/C pouvait fédérer l’adolescence passionnée de manière intemporelle.

Qu’est-ce que vous aimeriez que votre livre apporte aux ados ?

En premier lieu des émotions et des impressions. Évidemment, qu’ils prennent plaisir à le lire. Qu’ils s’attachent au personnage, qu’ils s’identifient à lui, à ce qu’il éprouve. Et enfin, dans l’absolu, j’aimerais que la pulsion créative de K/C soit communicative. Je crois que le roman parle surtout de cela ; on assiste à la naissance d’un artiste et à l’évolution de sa sensibilité.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Actuellement, je travaille sur un nouveau roman, pour les plus jeunes. Le titre (provisoire) est : « ERNEST EST À L’OUEST ». C’est l’histoire d’un enfant, Ernest, totalement déboussolé par Anne L’Or, une fille de sa classe. Traité avec humour et insolence, le texte parle d’amour et de déconvenue amoureuse.

Et pour les ados j’aimerai écrire le récit d’un jeune en voyage linguistique dans une famille aux USA, avec en toile de fond la musique blues, la figure de Martin Luther King et les marches non-violentes. Je ne sais pas comment tout cela peut s’agencer mais ce sont des sujets qui m’animent.